mardi 8 septembre 2009

Traversee express du Turkmenistan. 5 jours de transit.

Pour les touristes desirant visiter cette republique d'ex-URSS, il existe deux methodes. La premiere: Demander un visa touristique aupres d'une agence agree par l'Etat turkmene. Celle-ci se fera un plaisir d'organiser votre voyage et de vous facturer un guide officiel qui vous accompagnera pendant tout votre sejour. La deuxieme option consiste a arriver d'un pays frontalier muni d'un visa de transit de cinq jours permettant de voyager librement dans le pays. Nous choisissons la deuxieme option. Apercu express du pays.
Apres une nuit passee sous les etoiles invites par la famille du chef de gare, nous prenons le bus au petit matin pour Ashgabat, la capitale. Un tremblement de terre le 6 octobre 1946, a 1h du matin, reduit a neant cette ville et tue 110 000 personnes. Aujourd'hui 650 000 ames hantent cette ville fantome. Le centre ville flambant neuf, connu pour les statues en or du president Niazov (dont une placee sur un socle pivotant s oriente continuellement face au soleil ), presente d'enormes batiments publics entrecoupes d'avenues d'une proprete irreprochable balayees minutieusement par des petites mains feminines s'affairant quotidiennement. Les batiments publics (gare, palais presidentiel, universites) sont edifies en marbre blanc par Bouygues Construction bien souvent. Tant de richesses gaspillees…
Dans un pays recouvert a 80% par le desert de Karakoum, Ashgabat etonne. Des dizaines de fontaines magistrales diffusent une fraicheur artificielle dans les rues. La presence militaire et policiere est telle que l'on ne peut se balader librement dans la ville. Y prendre des photos est subordonne au bon vouloir des officiers.
Lorsque nous quittons les arteres principales nous decouvrons des barres de logements collectifs se degradant au fil des ans. La population qui travaille dur a l enrichissement du pays ne percoit que des miettes. Les jardins des maisons individuelles, transformees en fermes ou une veritable basse-cour s'agite, illustrent la pauvrete de la population citadine. Le taux de chomage eleve n'empeche pas Bouygues d 'importer de la main d'oeuvre du Maroc.
Le bazar, a une dizaine de kilometres a la lisiere du desert, veritable labyrinthe de plusieurs kilometres carres, se produit tous les jours et demeure l'un des rares lieux d'activite et d'echange des habitants. Tout s'y vend : vetements, tapis, denrees alimentaires...
Nous quittons cette capitale le 8 aout au matin esperant rejoindre la frontiere ouzbek avant 20 heures. Pari difficile etant donne les 800 km a parcourir, en bus...


Desert de Karakoum, Turkmenistan


Palais du Turkmenbashi, Ashgabat, Turkmenistan


Tour de la neutralite.
Une statue en or du president Niazov (celle situee sur un socle pivotant qui s oriente continuellement face au soleil), Ashgabat, Turkmenistan.




Bazar d Ashgabat, Turkmenistan

Chronique du Turkmenistan. Scorpion, vipere et tarentule.

Dix dollars. C est ce qu on nous demande de payer pour mettre nos velos dans un bus -pourri qui plus est- tandis que deux billets nous en coutent quatre. Scandalisee, je ne suis pas resignee a lacher le morceau. Jusqu ici, mettre nos bicyclettes dans un bus ne nous a jamais rien coute. Mais ce matin, le chauffeur et le vendeur de billets -qui sont copains comme cochons- ont decide de s en mettre plein les poches grace a nous. Je negocie fermement avec mes quelques mots d iranien. Ils ne veulent rien entendre, nous menacent de nous rembourser nos billets et de redescendre nos bicyclettes chargees sur le toit du bus quelques minutes auparavant. Nous cedons. Il est 8h du matin, nous devons quitter l Iran aujourd hui pour entrer au Turkmenistan et la frontiere ferme en debut d apres midi. Autrement dit, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas prendre ce bus et de faire du cyclo-auto-stop jusqu a la frontiere. Je suis ecoeuree et en colere. Je lance des regards noirs au chauffeur esperant le faire culpabiliser de nous voler nos economies. Nous prenons la route et arrivons vers 11h a Sarakhs, petite ville frontaliere. Il fait une chaleur etouffante: 45 degres. Nous chevauchons nos velos et nous dirigeons vers la frontiere. Cote iranien, tout se passe sans encombre. Personne ne controle nos sacs ni meme ne passe nos bagages aux rayons X. Les douaniers sont courtois et souriants. Nous quittons rapidement ce poste frontiere et traversons une riviere puis un no man's land desertique de quelques centaines de metres. Nous entrons au Turkmenistan. Au second poste frontiere, l accueil est plus froid, plus sovietique. Tout le monde parle russe. Les formalites administratives et les controles sont longs et fastidieux a accomplir. Une des douanieres parle anglais. Elle nous donne des explications sur les documents a remplir. Je fais des ratures et des erreurs sur ma declaration de douane. Elle me la fait remplir une deuxieme fois, puis une troisieme. Ouf, une heure apres, nous quittons le poste frontiere. Nous voila au Turkmenistan, une des plus grandes dictatures de ce monde. Nous n avons pas la moindre idee de ce a quoi ressemble ce pays: desert, petrole, gaz, un president demagogique... La frontiere passee, nous changeons quelques devises puis nous dirigeons vers Saraghs -la jumelle turkmene de Sarakhs. Nous parcourons quelques centaines de metres a bicyclette et nous retrouvons devant un premier dilemme. Une route asphaltee continue tout droit vers le desert. Un chemin part a droite vers ce qui semble etre, de loin, une gare ferroviere avec quelques wagons de marchandises. Nous choisissons le chemin, melange de terre et de sable qui mene vers la gare. Je regarde autour de moi, voir si j apercois un scorpion, une vipere ou une tarentule -il parait que le desert turkmene en est plein- non mecontente de ne pas etre a pied. Nous traversons les rails de chemin de fer en soulevant peniblement nos velos et arrivons devant devant la gare par l entree principale. Une grande statue de Turkmenebachi, litteralement le "chef des turkmenes", trone devant celle-ci. En 1985, a l epoque ou le Turkmenistan est la Republique Socialiste Sovietique du Turkmenistan, Saparmourad Niazov est elu premier secretaire du Parti Communiste du Turkmenistan (CPT) puis president du Soviet Supreme de la Republique en 1990. Contraint a l independance le 27 octobre 1991, le pays se doit d avoir un president. Niasov, determine a rester au pouvoir, rebaptise le CTP Parti Democratique du Turkmenistan et se fait elire au cours d une election a la sovietique (aucun adversaire, 98,3% des suffrages). La constitution, adoptee l annee suivante, institue un systeme presidentialiste et Niasov met en place un culte de la personnalite systematique. C est donc cette statue qui nous accueille et personne d autre. La gare est deserte. Nous avancons doucement. Un premier homme sort de la gare, puis un deuxieme. Nous leur expliquons, notre guide de conversation franco-russe a la main: Nous voulons prendre un train pour Ashgabat, la capitale, aujourd hui.
-Niet.
Pas de train.
-Zaftra? (demain?)
-Niet.
Pas de train, peut-etre dans quelques jours d apres ce que nous comprenons.
-Aftobous? (bus?)
-Niet. Zaftra. 7h.
-Gastinitsa? (hotel?)
-Niet.
Le bus est demain mais il n y a pas d hotel. Comprenant notre desappointement, l un d eux nous convie chez lui pour diner et passer la nuit. Epuisee, je suis un peu reticente. Puis nous acceptons. Murat grimpe sur le cadre de la bicyclette d Antoine. Nous traversons une partie de cette petite ville paisible. Les habitations sont de petites maisons en brique, certaines couvertes de torchis. Enfin, nous arrivons chez lui. Ma premiere impression est celle d un pays pauvre et retarde sur le plan sanitaire. Il n y a pas l eau courante. L eau de pluie est collectee et stockee en sous-sol. Son epouse nous accueille chaleureusement. Vetue d une robe longue coloree, habit traditionnel turkmene, elle m apparait d une elegance et d une sensualite innouie – en comparaison avec les iraniennes dont il est malheureusement souvent difficile de percevoir les formes derriere leur tchador. Murat nous presente ses parents, qui vivent dans une piece attenante a la leur et enfin son fils, 9 ans, le regard taquin. Rapidement, la timidite s efface pour laisser place a une familiarite inattendue. Zhanna, son epouse, m invite a prendre une douche: Une gamelle et une reserve d eau dans un bidon dispose dans une piece dans le jardin permettent de s arroser et de se rincer apres s etre savonne. Une fois propre, nous partons pour le bazar ou nous achetons une pasteque et quelques radis. De retour a la maison, je suis conviee a aider en cuisine. Je ne deborde pas d energie mais m applique a obeir aux ordres. Zhanna decide de preparer un plov (risotto de viande et de carottes cuit a l huile de coton), le plat national, pour nous les voyageurs de passage. Je coupe donc les oignons, puis les carottes. A plusieurs reprises, elle vient me montrer, amusee, combien je suis maladoite et lente dans ma facon de proceder. Elle me rale dessus gentillement, en russe. Je lui reponds en francais. L incomprehension est totale. Nous rions aux eclats. Le plat mijotte sur un rechaud a gaz (le gaz est gratuit au Turkmenistan) directement relie au reseau de distribution municipal. Ces voisines passent tour a tour la visiter. Elle me presente comme une bete curieuse. Elles qui arborent toutes des dents en or, elles sont scandalisees de voir que je ne porte que de vulgaires bagues en metal sur les premolaires -des restes de mon appareil dentaire. Nous rions a nouveau. A la tombee de la nuit, le diner est prêt. Nous mangeons sur une tapchan (structure en bois souvent agrementee de matelas ou l on dort, dine, etc) disposee dehors ce repas lourd –le plov est toujours tres gras- arrose de vodka. Antoine et moi peinons a finir nos verres alors qu elle les enquille a toute vitesse. En trois tournees, la bouteille est terminee. Nous sommes serieusement assommes par l alcool. Les voisins, curieux, se joignent a nous a nouveau. Seance photo. Zhanna me fait passer une de ces plus belles robes turkmenes en velour bleue dont le col est entierement brode a la main. Elle me coiffe d un foulard. J ai l air d une princesse. Puis ils nous prient de monter en voiture. Nous retournons a la gare ferroviaire dont son epoux Murat est le gardien faire quelques photos. Quand nous arrivons la-bas, il trone sur une chaise perchee au premier etage de cette gare flambante neuve qui semble pertuellement deserte. Séance photo, a nouveau, devant la statue doree du chef des turkmenes. Mon appareil photo numerique n a bientot plus de batterie. Nous sommes condamnes a rentrer. Je suis epuisee. Zhanna dispose quelques matelas sur la tapchan, sort des couvertures et nous nous endormons, elle, son fils, Antoine et moi, en rang d oignons sous les etoiles.

dimanche 30 août 2009

La Perse d aujourd hui

25 jours. C est la durée du visa que le ministère des affaires étrangères iranien daigne nous accorder, depuis le consulat de Tbilissi, Georgie. Visa obtenu en dix jours, sans passer par une quelconque agence de tourisme –autrement dit sans frais supplémentaire. Nous sommes officiellement –pour l Etat iranien, j entends- professeurs des écoles à Niort –Anne a l école de la Mirandelle et Antoine à Ferdinand Buisson- et sans aucun lien de parente. Deux banals potes en voyage en Iran. En effet, il n est pas conseillé de déclarer son métier de photographe -souvent assimilé a celui de journaliste- en période pré-élection, ni recommandé de revendiquer être concubins dans un pays ou ce statut est interdit par la loi.
Le 12 juillet, nous passons la frontière entre l Arménie et l Iran a bicyclette. Anne revêt son foulard islamique entre les deux postes frontières. Elle porte un pantalon long et une chemise a manches longues. Il fait très chaud. 35 degrés aux bas mots. Nous appréhendons. Quelques semaines auparavant ont eu lieu les élections présidentielles. La réélection de Mahmoud Ahmadinejad fait descendre dans la rue les militants de l opposition dans de nombreuses villes du pays. La police réprime les manifestations dans le sang. Les informations relayées par les medias occidentaux sur le sujet ne sont pas très engageantes –évidemment… Nous appelons l ambassade de France à Téhéran pour avoir leur avis. Les consignes sont claires, ils n ont pas le droit de se prononcer. Nous entrons donc en Iran, effrayés et attirés à la fois, les tripes un peu nouées. Mais nous voulons en savoir un peu plus sur ce mystérieux pays diabolisé par l Occident. Nous nous imposons de ne pas sortir des sentiers battus en cette période de trouble politique –a tord peut-être.
Nous rejoignons Téhéran dans un premier temps. Ville folle. Environ 15 millions d habitants. Des bâtiments pour la plupart noircis par les gaz d échappement. Des enseignes, en farsi, incompréhensibles. Des immenses portraits des grandes figures de la République Islamique, Khomeini, chef suprême des chiites d Iran, et son successeur Khamenei ponctuant le paysage urbain. Des soldats, morts en martyrs pendant la guerre Iran-Irak (1980-1988) eux aussi représentés sur des pans entiers d immeubles. Ca nous fait froid dans le dos.
La circulation est frénétique. Sans même regarder dans leur rétroviseurs, les conducteurs téhéranais se faufilent entre les voitures, créant une troisième voie imaginaire, voire une quatrième, la ou il n en existe que deux. A toute berzingue ils s élancent sur les avenues, peu soucieux du danger qui les guettent au coin de chaque rue.
Son bazar est un interminable dédale de ruelles reliant des caravansérails ou se côtoient des propriétaires d échoppes en tout genre (tapis, casseroles, …). Le conservatisme des commerçants, tant sur les plans politique que religieux est palpable. Nous apercevons des portraits des leaders du clergé chiite dans presque toutes les boutiques. Les iraniens nous saluent, nous demandent d ou nous venons, nous invitent à boire un thé parfois.
Les parcs sont d immenses étendues d herbe parsemées d arbres, de plantations de fleurs et de fontaines superbement entretenus. Les jeudis et vendredi soirs, en été, les téhéranais s y retrouvent en famille jusque tard dans la nuit autour d un tchai ou d un repas organisé sur un tapis déplié a la va-vite. On y croise des hommes et des femmes –vêties du tchador, ce tissu noir qui couvre de la tête au pied- jouant au badminton.
En dehors des parcs, les jeunes disposent de très peu de lieux ou se retrouver. Les quelques bars (ou l on ne sert pas d alcool évidemment) pratiquent des tarifs prohibitifs. Des soirées privées sont organisées, en toute illégalité. L alcool se procure au marché noir. Une trentaine de dollars pour une bouteille de vodka, sept pour une bouteille de bière. Une large proportion de la population ne s accorde pas sur le fanatisme des mollahs, qui n a d égal que leur hypocrisie, au risque de subir des coups de fouets.
Les jeunes, le week end, sillonnent donc la ville en voiture toute la soirée durant, jouissant pendant quelques heures d un espace de liberté -réduit. Dans les voitures, nous voyons quelques voiles nonchalamment rejetés vers l arrière, prêts a tomber. Certaines abandonnent même leur foulard et dévoilent une coiffure sophistiquée, en plus d un visage maquillé avec soin. Nous sommes a mille lieux de l image conservatrice et traditionaliste que le pouvoir semble peiner a imposer, a Téhéran du moins. Hommes et femmes, pas nécessairement d une même famille, se côtoient ainsi, se draguent même.
Dans cette société réprimée par les Gardiens de la Révolution islamique, les jeunes ne peuvent s échanger que quelques regards et au mieux, discrètement, leurs numéros de téléphone portable.

Nous descendons par la suite a Espahan a quelques 500 kilomètres au sud. Majestueuse, elle compte –parait-il- parmi les plus belles villes du monde islamique. Elégante, elle nous initie au raffinement de la culture persane. La place de l Imam est profondément marquée par la grandeur des idées de Shah Abbas 1er, dit Le Grand qui a partir de la fin du 16eme siècle éleva Espahan au rang de capitale de l Empire Perse Séfévide (a la fin du 18eme siècle, la capitale est transférée a Shiraz). Longue de 512 mètres et large de 163, elle présente des joyaux d architecture persane: la mosquée de l Imam, majestueuse, ornée de mosaïques de faïences bleues représentant de magnifiques motifs géométriques, calligraphiés et floraux, surplombée de deux minarets turquoises. La mosquée Sheik Lotfollah, plus petite, harmonieuse, semble faire contrepoids a l exubérance de la première. Sans cour ni minaret, elle frappe par la délicatesse de son architecture.

Enfin, nous parcourons tour a tour Yazd, au sud-est, en bordure de désert puis Shiraz, plus a l ouest. De retour a Téhéran, nous récupérons notre visa ouzbek et filons pour Mashad puis le Turkmenistan. A nous l Asie Centrale!

lundi 10 août 2009

Chronique d Iran. Ou et comment j ai porte un tchador.

Nous venons tout juste d obtenir nos visas ouzbeks, a Teheran. C est donc nos visas en poche que nous partons pour Mashad, au nord-est de l Iran, a quelques centaines de kilometres du Turkmenistan, pour demander notre visa de transit turkmene. Des on-dits -relates par des voyageurs rencontres sur la route- nous dissuadent de formuler notre demande a Teheran ou nombreux sont ceux qui essuient des refus ces derniers temps. Nous prenons donc un bus pour Mashad. 14 heures de bus. Celui-ci n est pas d un confort cinq etoiles. Nous partons de Teheran vers 17h. La sortie de cette capitale tentaculaire s avere etre le parcours du combattant. La circulation est chaotique. On dira ce qu on veut, les conducteurs teheranais sont un peu fous; sans meme regarder dans leur retroviseurs, ceux-ci se faufilent entre les voitures, creant une troisieme voie imaginaire, voire une quatrieme, la ou il n en existe que deux. A toute berzingue ils s elancent sur les avenues, peu soucieux du danger qui les guete au coin de chaque rue. Apres avoir quitte la ville, nous parcourons une vallee aux nuances ocres et rouilles. Le soleil disparait doucement derriere les montagnes. Bientot, il fera nuit noire. J ai faim. Nous n avons pour ainsi dire rien avale de la journee et je suis affamee. Nos voisins de fauteuils situes de l autre cote de l allee, deux freres, sortent deux gigantesques casse-croutes de leurs sacs qui me font saliver. Je les observe les devorer avec envie, tandis qu Antoine et moi partageons nos derniers gateaux secs. Quelques heures plus tard, a mon grand bonheur, nous nous arretons. Les femmes se precipitent aux toilettes. Il me faudra jouer des coudes devant ceux-ci pour pouvoir me soulager aussi. Quelques familles deplient des tapis et s installent pour diner dehors. Antoine et moi courons vers le restaurant, sorte de relais routier ou la nourriture est familiale et bon marche. Deux khoreshts (ragout de viande et legumes servi avec du riz) s il vous plait. Cinq minutes plus tard, nous devorons a notre tour un diner servi dans une petite barquette individuelle en plastique. Nous remontons dans le bus et nous endormons paisiblement. Le lendemain matin, des l aube, nous arrivons a Mashad. Nos deux voisins de fauteuils nous abordent a le descente du bus, nous demandent ou nous logeons. Nous leur indiquons notre point de chute, un petit hotel recommande par notre guide de tourisme. Leur pere, qui les attendait de pied ferme a la gare routiere, leur glisse un mot en farsi. Immediatement apres, ils nous convient chez eux. Nous acceptons l invitation. Arrives chez nos hotes, leur mere, qui ne porte pas le voile islamique quand nous passons le pas de la porte, m invite rapidement a enlever le mien. Soulagement. Nous nous installons autour d un petit dejeuner. Tchai, pain, beurre, miel, confiture, fromage. Qu il est bon de se retrouver dans un environnement familial! Le petit dejeuner termine, nous remontons dans la voiture et nous dirigeons vers l ambassade du Turkmenistan. Celle-ci ouvre a 10h30. A 10h32, le clapet d une petite porte s ouvre. Monsieur le consul se tient de l autre cote. Le temps d echanger quelques mots en anglais, quelques documents adminitratifs et quelques sourires -jusqu ici, cette technique a toujours porte ces fruits- et nous repartons direction la maison pour le dejeuner. Leur mere, a qui nous avons confie quelques heures auparavant notre faiblesse pour certains mets iraniens, nous a prepare un succulent ghorme sabzi (ragout de viande, haricots rouges et legumes verts). Elle nous invite a nous asseoir autour de la table et a nous servir. A l inverse de chez nous, l hote ne preside jamais la table. Il s agite en cuisine pour veiller a ce qu il ne manque rien sur la table et ne s assied pas tant que ses invites sont debouts. Le dejeuner termine, chacun s en va siester. Je m ecroule sur le lit, bienheureuse. Nous nous reveillons quelques heures plus tard, reposes. Le temps de nous rendre au mosaulee de Ferdosi, celebre poete farsi ne au 10eme siecle qui relate dans ses poemes l histoire de la mythologie Perse, des origines a la conquete arabe, et nous voila a nouveau a table. Rebelote. Gueuleton. Vers 22h, nous nous preparons pour nous rendre au mosaulee de l Imam Reza (descendant direct du prophete Mohomet, il est le 8eme des 12 Imams chiites reconnus par les musulmans chiites; seuls les Imams sont habilites a interpreter le Coran), haut lieu de pelerinage pour les musulmans chiites du monde entier. Antoine s est vu preter une chemise. Il a l air d un premier de la classe. Pour ma part, la mere me tend un tchador. Dans ce lieu saint de l islam, les femmes ne rentrent pas sans tchador. Me voila bien embarrassee. Je n ai pas la moindre idee de comment l enfiler. Elle me montre. Je l imite. Dans un premier temps, il ne me semble pas inconfortable -quelques heures plus tard, je n aurai q un souhait, retirer ce tissu noir qui m emprisonne, me prive de ma liberte de mouvement et me tient horriblement chaud! Nous voila en voiture, en direction du mosaulee. Il est tard mais la rue est embouteillee. Tout Mashad semble s y rendre. Nous nous garons au milieu d un parking souterrain plein a craquer et rejoignons l enceinte sacree. 75 hectares. C est la surface de cet ensemble, joyaux d architecture persane. Sompteux. Mosquees, minarets, coupoles, madraseh, cours ornees de faillences representant des calligraphies et des motifs floraux. De hauts iwans (hall donnant sur une cour) recouverts d or. Nous sommes ebahis par tant de luxe et de raffinement. A l inverse, les pelerins semblent accorder peu d importance a la beaute du lieu. Ceux-ci viennent avant tout pleurer la mort en martyr de l Imam. Le mosaulee de celui-ci se situe au centre, entoure par des grilles dorees que les pelerins viennent toucher et embrasser avec devotion. J apercois des hommes et des femmes en pleurs. Ceux-ci se bousculent pour approcher le mosaulee. J interroge mes hotes. Qui a edifie ce lieu? Avec quel argent? Ils nous expliquent. Le tombeau original est bati au debut du 9eme siecle par un calife. Detruit a plusieurs reprises, le monument actuel est finalement construit sur l ordre de Shad Abbas au debut du 17eme. Depuis 1928, les batiments autour du mosaulee sont rases les uns apres les autres afin d etendre la surface de ce lieu saint. Les travaux se poursuivent sans interruption grace a l afflux de fonds publics et prives (issus de donations et de concessions funeraires) geres par le biais d une fondation -un veritable empire en Iran. Nous repartons, silencieux. Comme les autres lieux saints que j ai pu visiter -le Vatican, Saint Jacques de Compostelle- je reste perplexe, songeuse.

Yazd, sud-est de l Iran, au milieu du desert.


Desert autour de Yazd, au petit matin


Notre chauffeur




Caravanserail pres de Yazd, Iran.






Yazd, Iran.

dimanche 26 juillet 2009

Espahan la belle


Au nord de Teheran


Bazar d Espahan


Dedale de rues a Espahan


Place de l Imam, Espahan, Iran.


Place de l Imam, Espahan, Iran.


Couple de la mosquee de l Imam, Espahan, Iran.


Mosquee Jameh, Espahan, Iran.


Un des ponts d Espahan


Au petit matin pres de la gare de train, de retour a Teheran.

jeudi 23 juillet 2009

Chronique du Haut-Karabagh. 16h sur la route.

Il est 10h du matin quand nous montons dans un premier marshrutka[i] en ce 19 juin. Une pluie diluvienne s abat sur la region depuis quelques heures. Nous sommes au Haut-Karabagh. Une déclaration d indépendance promulguée en décembre 1989 en fait un état indépendant. Cependant, la communauté internationale ne le reconnait pas comme tel et considère qu’ il appartient à l Azerbaïdjan. Ce territoire s étend sur quelques 10 000 km2 entre l Arménie et l Azerbaïdjan. Délimités selon les caprices de Staline et figes après le démantèlement de l URSS, beaucoup de villes et d enclaves dans le Caucase se retrouvent ainsi coupes de leur réseau d attaches régionales et isolés a l intérieur des états. En 1989, des tensions intercommunautaires engendrent une guerre. Karabaghtsis soutenus par les arméniens affrontent les azéris. Le conflit pèse sur les populations des deux pays. Des centaines de milliers d arméniens fuient l Azerbaïdjan vers l Arménie. Quelques dizaines de milliers de karabaghtsis quittent le Karabagh. Parmi ces derniers, beaucoup rentreront au Karabagh a la fin de la guerre. De même, les combats déplacent des centaines de milliers d azéris d Arménie et du Karabagh. Un accord de cessez-le-feu est signe en mai 1994. La guerre a fait près de 20 000 morts.
Vêtus de nos capes de pluie, sacs a dos visses sur le dos, nous rejoignons la gare de bus. Les routes et caniveaux sont inondés. Dans certaines rues, des torrents s écoulent. Personne ne circule dans les rues. Toute activité semble suspendue. La gare, quant a elle, n est pas déserte. L activité y bat son plein. Au milieu de toute cette agitation, il nous est difficile de trouver le minibus qui nous permettra de sortir du Karabagh. L alphabet arménien, que nous ne maitrisons pas, rend impossible la lecture des panneaux de destination des minibus. Apres quelques minutes de confusion, nous trouvons le notre et prenons la route. Celle-ci est magnifique. La république des montagnes du Karabagh porte bien son nom. Tandis qu’ en Arménie, le paysage présente souvent d interminables plateaux verdoyants parsemés de rochers ou les arbres se font rares, celui du Karabagh se caracterise par un enchevêtrement de montagnes couvertes de forets. Contraste frappant. A quelques kilomètres du poste frontière, nous nous arrêtons. Je sors me dégourdir les jambes. J ai un peu froid. Je fais ouvrir le coffre au chauffeur pour attraper ma veste. Pas de veste. Je l ai laissée a l hôtel, a Stepanakert[ii]. Je me retourne vers Antoine, puis Julia[iii], paniquée. Il me faut donc retourner a Stepanakert, récupérer ma veste et passer la frontière avant ce soir, notre visa s arretant aujourd'hui. Sinon, problème. Le chauffeur nous dépose a la frontière ou nous expliquons notre cas au douanier qui, souriant, nous offre un café et quelques gâteaux secs. Quelques minutes plus tard, nous repartons en direction de Stepanakert en minibus. Arrives dans la capitale, nous passons a l hôtel. La veste est toujours la. Nous la récupérons et partons à la gare de bus. Nous voila à nouveau au milieu de l agitation. Il est 14h. Il pleut. Nous achetons nos billets puis patientons dehors, a l abris. Le minibus que nous devons emprunter est déjà plein. Nous patientons encore. Quelques passagers quittent le minibus sous nos yeux intrigues. Le chauffeur charge nos sacs à l arrière et nous entasse dans le marshrutka[iv]. Nous partons en direction du poste frontière puis de Goris, a quelques kilomètres après la frontière, en Arménie. Je suis assise sur les genoux d Antoine. Les nombreux genatz[v] de vodka de la veille me brassent l estomac. Autant dire que la perspective de passer trois heures dans une position inconfortable, sur une route de montagne qui plus est, ne me fait pas sourire…
Trois heures plus tard, donc, nous arrivons à Goris. Sans perdre de temps, nous partons en quête de t’te oghee, un alcool de mure distille a la maison. Celle de Goris est particulièrement réputée. Nous en trouvons chez une vieille dame, près de la gare de bus, ainsi que de l eau de vie d abricot. Un délice ! Apres dégustation, nous lui en achetons quelques litres, pour nous et des français d Erevan qui nous ont passes commande. Les sacs un peu plus lourds, nous nous dirigeons vers l office de taxi. Il est 18h, plus aucun marshrutka ne circule vers Erevan a cette heure avancée de l après midi. Il nous faut donc prendre un taxi collectif. La secrétaire de l office nous fait patienter dans un bureau. Elle nous offre un café, comme a l habitude. Puis nous voila à nouveau sur la route. Nous sommes tous les trois assis sur la banquette arrière d une Lada. Un quatrième passager s est joint a nous. La cinquantaine, il nous questionne. D ou nous venons, ce que nous faisons en Armenie. C est toujours avec une curiosité spontanée que les arméniens nous abordent. Enchantes de découvrir que nous sommes français, ils en viennent toujours a nous parler de Charles Aznavour[vi] et de l asile qu’offra la France aux rescapes du génocide, perpétré par l Empire Ottoman entre 1915 et 1922, qui tua environ un million et demi d arméniens. Nous roulons quelques heures. Nous nous endormons tour à tour. Vers 22h, a mi-chemin, nous quittons la route principale. Il fait nuit. Nous nous enfonçons sur les hauteurs d une petit ville a toute vitesse. Le chauffeur ne semble pas savoir ou il va. Il se laisse guider par le quatrième passager qui, en vain, essaie de nous expliquer ou nous allons. Champignon, œuf, ami. Ce sont les seuls mots que nous comprenons. Dubitatifs, nous nous laissons guider. Le taxi quitte la route secondaire. Nous sommes maintenant sur un chemin de terre escarpe. Apres quelques minutes, a l approche d une ferme, le taxi s arrête. Nous nous regardons mutuellement, inquiets, et sortons de la voiture. Un homme nous accueille. Il nous fait entrer dans sa maison. La table est dressée, le diner est prêt. Nous sommes chez un ami de notre compagnon de voyage. Une omelette aux champignons arrive sur la table ainsi que d autres mets tout aussi délicieux. Les trois mots qui nous intriguaient quelques minutes auparavant prennent tout leur sens. Le propriétaire des lieux portent des toasts tour a tour a l amitié franco-arménienne, a nous les français de visite en Arménie, a l amour, aux femmes. J ai du mal à boire. L odeur de la vodka me renvoie à mon mal d estomac. J ai presque envie de vomir. Le festin termine, nous reprenons la route vers Erevan que nous atteindrons a 2h du matin. Il fait nuit noire. Nous nous endormons sur la banquette arrière, les uns sur les autres.

[i] Minibus.
[ii] Capitale du Karabagh.
[iii] Julia est une amie en stage a Erevan pour le journal francophone France Armenie. Elle voyage avec nous au Karabagh.
[iv] Pourvus d une quinzaine de places assises, les marshrutkas sont souvent en sur-effectifs. Le chauffeur entasse alors les passagers sur des tabourets ou encore debouts au milieu des passagers assis. Sur la route entre Hadrut et Stepanakert au Haut-Karabagh, nous entrons a 28 personnes dans un de ces minibus, le chauffeur partageant son siege conducteur avec un passager.
[v] Toasts.
[vi] Charles Aznavour est d origine armenienne.
Sushi, Haut-Karabagh:

Sushi, ville depuis laquelle Stepanakert est bombardee par les azeris en 1992. Elle sera par la suite assiegee par les armeniens. Des combats intenses ont lieu dans les rues de la ville. Les stigmates de la guerre sont encore visibles.

Eglise de Sushi









Julia, dans un marshrutka, au retour du Haut-Karabagh.

samedi 11 juillet 2009

Cyclotourisme en Armenie.






Lac Sevan, au centre de l Armenie. De Sevan a Martuni, c est plat, c est magnifique, c est le bonheur!


Notre premier passage de col, 2 400m aux bas mots. C est l hysterie!


En descendant du col. Pas un coup de pedale sur 25 km. Le pied!


On plante la tente pour passer la nuit au bord d un reservoir, a 2 000 m d altitude.


Petit cafe du matin, pour se reveiller un peu.




Ascension d un deuxieme col, 5 jours plus tard.


En haut du col, apres 15 km de cote a 12%. A nouveau, hysterie!

lundi 22 juin 2009

Chroniques de Turquie. 22h30, les gendarmes frappent à la porte.

Je suis épuisée. Nous avons dîné, bu un tchaï et je n’ai qu’une envie, aller me coucher, quand soudain, 22h30, les gendarmes frappent à la porte. Nous sommes à Lokmanli, chez Mustapha. Celui-ci a offert l’hospitalité à Antoine quelques heures auparavant, tandis que je rentrais du marché, en pleurs. Reprenons.

Vers 18h, après une longue journée de vélo, nous trouvons un endroit en pleine nature où passer la nuit, près d’un village. Nous sommes au milieu de terrains cultivés, au bord d’une rivière. Le vent souffle dans les peupliers. Après avoir demandé la permission aux agriculteurs, nous posons les vélos, décrochons les sacs et plantons la tente. Nous avons de quoi dîner, mais rien à boire. Spontanément, je propose à Antoine de reprendre le vélo et de partir en quête d’une bière pour accompagner notre dîner. Et dire que je pensais faire seulement 2 kilomètres! Me voilà donc de nouveau sur la route, 20kg en moins sur le porte-bagages. Je m’arrête dans une première station-service. Rien. Au deuxième magasin, le vendeur refuse catégoriquement de vendre une bière –va savoir, parfois… Je finis donc pas rentrer dans la ville que nous avions traversée une heure auparavant. J’achète une bière dans un petit commerce de proximité. Satisfaite, je reprends la route en sens inverse. Mes cuisses sont douloureuses. Je suis épuisée. Je pédale tranquillement. La nature autour est superbe. Je croise tour à tour vaches, ânes, moutons. À quelques centaines de mètres de notre campement, deux kangals[1] jaillissent sur la route. J’accélère… En vain. Ils me rattrapent, ne cessant d’aboyer. Je panique et accélère de nouveau. Rien ne les arrête. J’entends leurs mâchoires terrifiantes claquer à proximité de mes mollets appétissants. Je finis par hurler de peur, perdant le contrôle de mon vélo. Ils prennent peur à leur tour et me laissent filer, tremblante et suffocante. Je rejoints Antoine péniblement et m’effondre dans ses bras, en pleurs. Un homme se tient debout près de nous et assiste à la scène, surpris. Il s’appelle Mustapha. Antoine a fait sa connaissance quelques minutes plus tôt et s’est vu offrir l’hospitalité. Rassurés de ne pas passer la nuit dehors à l’affût des chiens, nous démontons la tente et le suivons jusque chez lui, à un kilomètre de là. Tout juste installés à déguster un tchaï, le muhtar arrive. Représentant élu du village, celui-ci veille à la sécurité de ses habitants. Hébergeant des étrangers, Mustapha l’a appelé afin qu’il nous rencontre, évitant ainsi que l’on parle derrière son dos après notre départ. Nous dînons tous les quatre, l’épouse de Mustapha s’affairant en cuisine. Le muhtar fait venir son fils d’une dizaine d’années qui parle quelques mots d’anglais et qui, un dictionnaire à la main, se plait à jouer le rôle d’interprète. Le dîner terminé, on entend frapper à la porte. Mustapha se lève, surpris, regarde par la fenêtre du haut du premier étage puis descend ouvrir. Nos hôtes nous prient de passer au salon. Ce sont les gendarmes. Ils sont au nombre de deux. Le premier, gradé, s’en tient à l’exercice formel de contrôle de nos identités. Le second, jeune turc effectuant son service militaire, nous rassure sur la raison de leur venue dans un anglais parfait. Ils prennent quelques notes : noms, prénoms, numéros de passeport, d’où nous venons, où nous allons, comment nous voyageons. Ils nous prennent en photo –pour leur album souvenir ?- et repartent. Il se fait tard. Je m’écroule sur le lit et m’endors, secouée par cette interminable journée. Tôt le lendemain, nous nous réveillons, petit déjeunons et chevauchons nos vélos. Mustapha insiste pour nous accompagner en voiture jusqu’à la sortie du village. Il demande même à un de ses amis de nous suivre en mobylette sur quelques kilomètres. C’est donc escortés d’une voiture à l’avant et d’une mobylette à l’arrière que nous quittons Lokmanli, vers 11h.



[1] Chien de berger.

Chroniques de Turquie. Sur les expériences menées en apesanteur.

Nous arrivons à Kilimli, une petite ville paisible sur les bords de la Mer Noire, tard en fin de journée, après avoir parcouru une petite dizaine de kilomètres sur une route en travaux qui le restera sûrement pour l’éternité. Le maire aurait entrepris de construire cette route qui longe la mer –alors que ça jumelle passe à travers les collines à quelques dizaines de mètres de là- sans se faire conseiller outre mesure sur la façon dont il fallait s’y prendre. Dynamitées n’importe comment, les falaises rendent maintenant l’aménagement de la route impossible.
Nous arrivons devant le seul hôtel de Kilimli, massif, bétonné et gris ; sans aucun charme pour ainsi dire, situé à proximité d’une station-service. J’y rentre pour me renseigner sur les prix. Personne ne parle anglais à la réception. Un turc d’une cinquantaine d’années m’entend depuis l’escalier baragouiner en turc avec la réceptionniste. Par chance, il parle anglais et me vient en aide. Il me demande d’où je viens, ce que je cherche.
-Une nuit d’hôtel… Pas chère.
Il discute avec la réceptionniste, me demande si nous sommes mariés avec Antoine –je réponds par l’affirmative. J’apprendrai par la suite que celle-ci aurait refusé de nous louer une chambre si nous ne l’étions pas, craignant une descente de police! Il m’annonce le prix pour une chambre double après négociation : 30 euros. Hors de prix pour notre budget. Je regarde mon interprète, dépitée. Il me propose immédiatement d’appeler un de ces collèges qui travaille sur le même chantier que lui et qui pourrait sûrement nous loger. Mon visage s’illumine. Quelques minutes plus tard, nous sommes sur les sièges arrière d’un vieux pick-up, les vélos callés à l’arrière, en direction de l’appartement dudit collègue. Tous deux, ingénieurs en travaux publics, travaillent sur le chantier de ce qui sera le plus grand port turc situé sur la Mer Noire, à quelques kilomètres de là. Onder est père de famille, fou de musique classique. Il arbore une superbe moustache. Le second est un jeune ingénieur en explosif de 24 ans. Malheureusement, ce dernier ne parle pas anglais. Nous sommes samedi soir, nous buvons quelques bières, discutons, dînons, une chaîne de sport en musique de fond. À plusieurs reprises, Onder, paternaliste, me dit qu’il est l’heure d’aller dormir, qu’une longue journée m’attend le lendemain. À 23h, nous éteignons la lumière et nous endormons, les matelas étendus sur le parquet au milieu du salon, emmitouflés dans nos duvets.
Onder nous réveille le lendemain matin. Je regarde mon réveil qui n’a pas encore sonné. Il est 6h20! Le réveil est difficile. Nous prenons quelques minutes pour nous lever. Un café turc, un œuf au plat et nous voilà repartis. Nous effectuons quelques mètres. Antoine sent branler son porte-bagages. En effet, il a perdu un écrou et un boulon. J’inspecte le mien. J’ai carrément perdu une pièce! Déçus et soulagés à la fois, nous décidons de ne pas prendre la route avec les vélos dans cet état. Nous appelons Onder depuis une cabine et le rejoignons. Il profite de son dimanche matin pour bruncher avec son ami de 30 ans son benjamin. Le buffet est pantagruélique et à volonté. Nous buvons un tchaï pendant qu’ils finissent de déjeuner. À peine terminé, ils nous emmènent chez le mécanicien du coin, réparateur de motocyclette mobylette bicyclette. Un clope au bec, celui-ci nous usine la pièce manquante, nous revisse quelques boulons et graisse nos chaînes. Nous le regardons tous les yeux ébahis. Onder me parle de tout, de rien, sautant du coq à l’âne : les problèmes de santé de sa femme, de son amour pour la musique classique, des expériences menées en apesanteur. La matinée tire à sa fin quand nous sommes prêts à repartir. Mais la flemme nous envahit. Un train à 14h nous permettra de rejoindre notre destination du soir : Caycuma. D’ici là, Onder, Antoine et moi retournons boire un tchaï en bord de mer. Puis deux, puis trois. Nous discutons, ou plutôt écoutons Onder nous expliquer ses craintes quant à l’avenir de son pays natal. Militant de gauche activiste à la fin des années 1960 et bien après, il perdit nombre de ses proches, assassinés parce que militants socialistes. Aujourd’hui père de famille (sa femme vit à Izmir, son fils pianiste à Ankara et sa fille violoniste à Istanbul) il n’est plus l’activiste qu’il était. La Turquie est un pays « laïque », avec à sa tête un parti islamique modéré. Pourtant, l’Etat rémunère les imams à la tête des 80 000 mosquées réparties sur tout le territoire et le port du voile se généralise –souvent par pression familiale. Il est déçu, écoeuré. « On a perdu » nous dit-il. Il finit par nous accompagner à la gare, nous met dans un train et nous laisse poursuivre notre chemin.

Chroniques de Turquie. Une feuille de vigne.

C est son prénom. Yaprak. Elle a 4 ans, un petit bout de nana, brune, le teint mat et le regard rieur, comme son père. Nous les rencontrons par hasard. Nous pédalons, l’après midi touche à sa fin. Je n’en peux plus. Disons-le. Je suis morte : mal aux cuisses, aux bras, aux fesses, moral dans les chaussettes. Au sommet d’une colline, nous apercevons un panneau indiquant une aire de pique-nique privative, donnant sur la mer. Sans hésiter, je m’arrête. Un regard et Antoine comprend. Ce sera ici que nous passerons la nuit, je n’avancerai pas d’un kilomètre supplémentaire. Nous avançons vers le guichet, afin de demander si nous pouvons planter la tente pour la nuit. Surpris, l’homme au guichet –le père de Yaprak- nous dit que c’est une aire de pique-nique, que personne n’y campe ni n’y reste pour la nuit. Il nous sort ses carnets. Nous serons considérés comme une voiture, il nous en coûtera donc 10 liras (5 euros).

-Douche ?

-Oui, non, la réponse n’est pas claire. Peu importe.

Nous traversons une forêt de pins, aménagée pour les loisirs. Quelques stambouliotes sont ici pour la journée. Barbecue, football. Deux couples, nous voyant arriver épuisés, nous invitent à nous joindre à eux pour déjeuner. Il est 16h. Poulet, kofte, côte d’agneau, salade. Ça n’en finit plus. J’ai mal au ventre mais je mange sans m’arrêter, essayant d’oublier la journée que l’on vient de passer. Le barbecue terminé, ils remballent et repartent, nous abandonnant à nous-mêmes au milieu de ce terrain vague déjà désert. Le soleil s’abat sur la mer, dans une heure il fera nuit. Nous explorons les lieux, à la recherche d’un endroit où monter la tente, sirotant une bière et picorant quelques amandes. La mer est superbe. Malheureusement, la plage est une poubelle à ciel ouvert. Ici aussi, le plastique ravage le paysage. Quelques chiens errants sur le terrain aboient parfois. Alors que nous avons tout juste élu le futur emplacement de notre tente, l’homme du guichet vient à notre rencontre. Tentative de discussion, en turc. Incompréhension, bien sûr. Quelques minutes s’écoulent, chacun insiste pour se faire comprendre et enfin, tout devient limpide, enfin presque. Selon lui, nous ne sommes pas en sécurité sur la plage et nous devons planter la tente près de sa maison, au niveau du guichet. Sans discuter, nous le suivons. Il nous parle à nouveau de la douche, nous lui expliquons que nous en avons prise une dans les sanitaires à ciel ouvert sur la plage –au milieu des coléoptères. À nouveau, incompréhension. Arrivés près de chez lui, il nous propose une chambre plutôt que notre tente étroite et quelque peu inconfortable. Évidemment nous acceptons. Il nous présente son épouse, une jeune femme d’une vingtaine d’années et sa fille Yaprak. Ils nous convient à dîner à leur table près du poêle. Quelques boulettes de semoule épicées et de la salade –je n’ai pas faim mais je mange- le tout arrosé de tchaï. Son épouse nous observe, nous sourit, essaie –souvent en vain- de communiquer. Devant la télévision allumée, nous dînons. L’ambiance est familiale et chaleureuse. Yaprak s’agite, crie. Elle fait râler son père qui l’interpelle tendrement. Vers 22h, nous partons nous coucher.

Le lendemain dès l’aube, nous nous levons. Le temps de plier nos affaires, nous passons la tête hors de la chambre. La table est dressée, ils nous attendent pour le petit-déjeuner, à l’ombre d’un pin. Pain, beurre, fromage, miel, olives, omelette. Un authentique petit-déjeuner turc. Nous mangeons et reprenons la route, le ventre plein, reposés.

samedi 20 juin 2009

Premiers pas en Asie. Enfin le texte!

Dimanche 31 mai,

17 h, au soleil, depuis une terrasse à Batumi, Géorgie, nous reprenons la plume pour narrer nos aventures. Nous avons traversé la frontière Turquie-Géorgie, 3 jours auparavant. Nous n avons fait que 5 km avant de nous arrêter à Kvariati, petit village sur la côte de la Mer Noire. Premiers pas dans la culture géorgienne. Nous demandons une chambre peu onéreuse à des passants. Par chance ceux-ci possèdent une petite pension. Nous décrochons les sacoches de nos vélos, nous installons puis notre hôte nous convie à boire un verre de vin à notre santé. Nous nous joignons à sa table puis la cérémonie du « Gavomarjos » commence. Tour à tour, chacun porte un toast à la Géorgie, à la France, à nous, à eux, à l’amour… Les verres se vident et se remplissent aussi vite que les assiettes. Nous finissons auprès du feu, dans la cour, saouls, repus, à chanter et à trinquer encore. Il ne nous aura fallu qu’un jour pour découvrir l’âme de la Georgie. Le lendemain, la tête est lourde et douloureuse au réveil. Changement radical après deux mois passés à sillonner la Turquie.

1 mois à Istanbul. Ville fascinante par son éclectisme, à cheval entre l’Europe et l’Asie, l’Occident et l’Orient. Situé sur la Corne d’Or, Sultanahmet, le centre historique, nous plonge dans les contes des milles et une nuits : ses mosquées gigantesques, ses palais, image d’un autre temps. Fatih, vieux quartier populaire, accolé à Sultanahmet, illustre un pays pieux, enclin à une tradition musulmane. Beyoglu contraste avec la Corne d’Or : synonyme d’une Turquie occidentale, d’une jeunesse festive et « branchée ». Istikal Caddesi, longue artère piétonne, serait arpentée quotidiennement par plus de 3 millions de stambouliotes léchant les vitrines des grands magasins. Les petites veines adjacentes regorgent de cafés, restaurants et de clubs faisant la réputation d’Istanbul : la fête ne s’y arrête qu’au petit matin.

Nous quittons Istanbul deux semaines pour découvrir les paysages fantastiques de la Cappadoce à 800 km au sud-est. Cette région célèbre pour ses vallées oniriques résulte d’une succession d’éruptions volcaniques. 3 volcans en activité il y a 30 millions d’années ont couvert la région de basaltes et de cendres puis le vent et l’eau l’ont sculptée en différentes vallées rose, rouge et blanche. Pour accentuer la magie du lieu, sept mille ans d’occupation humaine ont criblé ces vallées d’habitations troglodytes ainsi que d’églises byzantines illustrant un fort passé monastique. Nous en profitons pour nous reposer et nous balader dans cet environnement offrant de superbes randonnées.

Nous retournons à Istanbul par la suite pour mettre en place notre aventure en cyclotourisme : trouver les vélos et l’équipement nécessaire. Nous continuons d’explorer cette ville insaisissable. Le départ en vélo se fait le 8 mai au matin par une remontée du Bosphore et la découverte de la Mer Noire qui nous accompagnera pendant 3 semaines. On nous avait prévenu que la route de côte grimpait. Malgré tout nous ne nous attendions pas à un tel dénivelé! Nous traversons des forêts majestueuses de chênes, de pins, de noisetiers à flan de montagne. Dès le premier soir, nous nous perdons. Notre carte de la Turquie présente certaines lacunes comme nous le comprendrons par la suite. Dans un petit village, Mehmet nous ouvre sa maison et nous offre l’hospitalité pour la nuit. Nous rencontrerons cette gentillesse pendant toute notre traversée de la Turquie à vélo en dehors des chemins touristiques et découvrirons la réelle richesse de ce pays : ses habitants.

La volonté d’intégrer l’Europe est présente chez la majorité de ses habitants. Selon plusieurs personnes que nous avons rencontrées, le gouvernement opère des changements dans sa politique afin de se rapprocher de ses voisins européens. Cependant les avancées sociales promulguées par Mustapha Kemal Ataturk dès les années 20, tel le droit de vote des femmes en 1930, ne sont désormais visibles que dans les grandes villes. Depuis les années 80, on constate un renforcement de la pensée traditionaliste dans les campagnes. Les différentes victoires aux élections du parti islamiste modéré illustre ce conservatisme. Malgré une laïcité établie, la religion dispose d’un grand pouvoir social et politique.

La Turquie possède par ailleurs un pouvoir militaire fort. La présence militaire massive sur tout le territoire (gendarmes, casernes, zones militaires gardées) ne laisse pas indifférente. Les medias semblent participer a cette propagande militaire en particulier contre le PKK (Parti Travailliste du Kurdistan, pour un état kurde indépendant, dirigé par Abdullah Öcallan depuis sa création en 1978) en diffusant aux heures de grandes écoutes, comme aux informations nationales par exemple, des sujets –fictionnels?- sur les menaces terroristes au sud-est de l’Anatolie. Cette omniprésence militaire et ce matraquage télévisuel ne provoque-t-il pas le radicalisme qu’il prétend combattre?

En raison du prix prohibitif exigé pour l’obtention du visa azéri, nos bicyclettes ne nous mèneront pas en Azerbaïdjan pour rejoindre l’Asie Centrale. Nous opterons pour une autre route : l’Arménie puis l’Iran avant de rejoindre la mer d’Aral en Ouzbékistan début août. Comme dirait notre ami philosophe Josselin : «les imponderables et les hasards font la magie du voyage».

Sur Ataturk :

Mustafa Kemal, jeune colonel lors de la première guerre mondiale, se distingue par quelques faits d’armes importants. Après la division de l’Empire Ottoman en 1920 par le Traité de Sèvres, il crée une armée nationaliste pour lutter contre le démembrement du territoire turc. S’en suit la guerre d’indépendance de 1920 à 1923. Le 29 octobre 1923, la grande assemblée nationale proclame La République de Turquie nommant Mustafa Kemal 1er président. Il est désormais symbole de la création de la République de Turquie. Aujourd’hui, plusieurs jours fériés célèbrent Mustafa Kemal Ataturk. Il est d’ailleurs interdit de parler de lui sous un mauvais jour. Par exemple, le gouvernement censure le site internet de partage de vidéos youtube.com, non consultable depuis la Turquie, car plusieurs vidéos critique du « Père des Turcs » y circulent.

Sur la minorite kurde :

Les kurdes sont la principale minorité ethnique de Turquie. Ils sont au nombres de 10 à 12 millions, répartis sur tout le territoire. Originaires du sud-est de la Turquie, de Syrie, d’Iraq et d’Iran, ils se battent pour la reconnaissance et la préservation de leur culture et de leurs dialectes. Oubliés lors de la division de l’Empire Ottoman, les kurdes n’ont jamais eu d’Etat. Leur assimilation à la culture turque engendre la disparition partielle de leur identité.

dimanche 14 juin 2009

Caucase express


Coucher de soleil sur la Mer Noire


Batumi et son architecture Art Nouveau, Georgie


La plage, a Batumi





Vieux centre historique, Tbilissi, Georgie


La grande cathedrale orthodoxe Sameba de Tbilissi


A la sortie de l eglise, Tbilissi


La grande cathedrale apostolique Saint Gregoire l Illuminateur d Erevan


Sculpture, en plein centre d Erevan.








Dans les montagnes, non loin d Erevan


Au bord du lac noir, au pieds du monts Aragats


Au bord d un lac, en altitude





Julia